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Un studio refusant de mourir

Introduction

     Un studio de développement de jeux vidéo qui refuse de mourir, c’est un peu comme se battre contre une IA idiote comme ChatGPT (qu’on va appeler désormais Chat-j’ai-encore-pété pour éviter le procès) : rien ne peut être fait réellement. On lance une machine s’auto-alimentant mais qui est destinée à nous détruire. Un cheval de Troie qu’on a sciemment créé en vue de faire du chiffre… toujours plus de chiffre. Et cela pour faire plaisir à quelques investisseurs peu scrupuleux de vos difficultés et qui en veulent toujours plus. Et… Et si ce n’était qu’une conséquence directe d’un environnement qu’on a tant bafoué car on détient une idée de génie et que c’est exactement cette idée, toujours aussi insolente comme au premier jour, qui nous consume ? Ne serait-ce pas une aberration ?

     Pourtant, beaucoup de studios de développement sont dans ce schéma actuellement et c’est pour cette raison que l’industrie du jeu vidéo va aussi mal. La raison pour laquelle Rockstar se permet d’annoncer un code in the box, un boîtier sans CD que vous devrez acheter qui contient un code vous permettant de télécharger directement le jeu en ligne. Donc votre souveraineté de l’avoir physiquement, on s’en torche ! Et là on ne parle que du jeu à 79,99€ – prix de base sur un AAA comme GTA – car vous devrez vous acquitter de 20€ de plus pour obtenir la version complète. Et comme il a été révélé récemment, la version de base vous rendra un jeu jouable certes mais amputé de certaines fonctionnalités comme des skins, des bâtiments à acheter, des véhicules etc… Car oui, GTA V et GTA Online ainsi que Red Dead Redemption Online n’étaient qu’un coup d’essai pour voir si vous, joueurs amoureux de la franchise, allaient passer à la caisse pour absolument tout et n’importe quoi. Le chiffre d’un milliard de dollars de bénéfices ne vous a sûrement pas échappé – même si vous vivez dans une grotte – et ce chiffre aurait dû vous interpeller. L’a-t-il fait ? C’est à espérer car ce qui va être annoncé dans cet article va… disons, faire froid dans le dos si vous n’y êtes pas préparés. Pour en revenir à l’ultime édition à 99,99€, à ce prix-là, il est plus avantageux d’acheter un jeu à 99,99€ plutôt que 79,99€ car il est assez facile de deviner que Rockstar va vous pousser à acheter encore et toujours plus comme avec… GTA Online bien sûr ! Les joueurs de GTA ont bien montré être de nouvelles poules aux œufs d’or alors pourquoi s’en priver enfin ?!

     Trêve de digression sur Rockstar, cela explique aussi Ubisoft et la tourmente subie en ce moment. Vous y croyez vraiment à ce Black Flag Reloaded ? Car si oui, malheureusement vous êtes bien naïfs et ce n’est pas du tout méchant de le dire. Ubisoft est atteint du même cancer que Rockstar ou EA. D’ailleurs parlons d’eux ! Si vous avez remarqué, EA se fait très discret en ce moment. Aucune sortie prévue, des licences assassinées car on veut toujours plus et les chiffres ne suffisent plus… Sachant que le dernier opus de la franchise – déjà morte ? – Need for Speed a fait 64% de moins que le précédent opus, la colère des investisseurs est compréhensible. Ça ne va pas les aider à s’acheter le dernier modèle Ferrari à cause de ça.

     Bref, pour expliquer cette gangrène capitaliste, un studio australien est un parfait exemple. Il a tutoyé les étoiles pendant quelques années et il s’effondre progressivement. Le problème est que ce n’est pas un géant comme le devient From Software (les créateurs derrière la franchise Dark Souls, Sekiro : Shadows die twice et la franchise Elden Ring) ou l’insolent The Farm 51, les créateurs derrière les excellents Painkiller : Hell & Damnation et Chernobylite. Pour en revenir à ce studio australien, il a tutoyé les étoiles pendant quelques années avec un jeu conçu multiplateformes et qui fit trembler King de son temps à cause d’une mécanique commune et aujourd’hui, il est potentiellement le premier à sauter de la liste des studios acquis par son éditeur, 505 Games. Les mêmes qui détiennent notamment Starbreeze Studios, les créateurs derrière la licence PayDay dont le second opus fut un succès commercial et critique mondial lors de sa sortie mais dont le troisième opus peine énormément à convaincre… (Un hasard ? Non. Une légitime annonce d’un marketing si agressif qu’il en dévore ses créateurs mais vous allez vite comprendre pourquoi), et donc ce studio à l’autre bout du monde père fondateur de ce qu’on a appelé plus tard le RPG match 3, se pensant tentaculaire au point de développer une franchise devenue peut-être morteOn parle bien entendu de InfinityPlus2.

     Oui, on parle bien de ceux derrière Warlords IV, Puzzle Quest, Gems of war et que 505 Games a appelé à la rescousse sur Marvel Puzzle Quest car Broken Circle Studios ne s’en sortait pas avec le projet. Vous allez voir, ça fait mal à la tête quand on voit ce que Steven Fawkner – le créateur du studio de St Kilda – a voulu créer et ce que c’en est devenu… Et osons le dire franchement, tout ça à cause de 505 Games !

     Mais avant d’entrer dans le vif du sujet, rappelons certaines règles élémentaires de bienséance : aucune attaque n’est faite envers le studio australien. Quelque part, le devoir de compréhension de pourquoi ils en sont arrivés là est important. Quand un éditeur rachète un studio, le studio devient littéralement un pantin qui se doit d’obéir au doigt et à l’œil de l’éditeur sinon c’est la porte, « tu ne nous sers à rien ». Le monde du jeu vidéo n’a jamais été sympa. Tout le monde se tire dans les pattes… L’époque quand Ubisoft appelait littéralement Eidos pour leur donner un coup de main sur un projet car les bureaux étaient placés l’un en face de l’autre, cette époque est révolue. Tout le monde veut s’ériger sur le toit du monde par question d’argent, d’ego et de savoir-faire (qu’on n’a pas toujours mais on va y revenir). Donc ce n’est pas InfinityPlus2 directement qui est visé mais un système économique et financier qui rend un studio aussi créatif que ce studio quasiment légendaire – la fondation du studio date de 1989 dont on va réfléchir à deux fois avant de s’en prendre à des vétérans du jeu vidéo – devenir un studio zombie qui devrait mourir mais qui refuse de mourir. La seconde règle élémentaire à rappeler est que cet article n’est pas là pour tirer à bout portant sur certains studios même si l’envie ne manque pas concernant certains d’entre eux. C’est un peu comme le réchauffement climatique en vrai. De pointer du doigt que la Terre est comme ceci ou comme cela, si ça vous permet de mieux dormir la nuit, tant mieux pour vous. Mais n’oubliez pas que vous êtes le monde le plus menacé. La planète s’en fout elle. Son équilibre ne tient qu’à résoudre une équation de chimie au final. Mais cette équation de chimie peut être – et c’est le cas en ce moment avec ce qu’on vit – mortel pour l’Homme, son plus grand fléau dans l’équation. Car tant que l’Homme ne cessera pas de se mentir à lui-même, rien ne changera. Ce n’est pas à coup de « On va faire des voitures électriques » que la planète va aller mieux (étant donné que c’est le discours complotiste qu’on nous tient). Une voiture électrique consomme bien plus qu’une voiture thermique rien qu’avec ses batteries. Vous pouvez vérifier, les références sont en bas de page. InfinityPlus2 est pris en exemple car c’est un cas d’école typique d’un système financier qui s’est emballé et dont il est très difficile d’arrêter la machine. Rockstar ou Ubisoft ne sont pas les bêtes à descendre, vous êtes les chassés car vous contribuez quelque part à ce que ce système continue d’exister en sortant votre carte bancaire chaque fois que vous allez faire une microtransaction. Le studio de développement en a besoin, l’éditeur sans doute. Mais vous, en avez-vous réellement besoin ou est-ce une pulsion que vous acceptez de faire vivre malgré vos règles de conduite ? Il y a fort à parier que oui.

     Bref, sans plus attendre, commençons…

Flash de dernière minute : Sony annonce mettre un terme à la production de disque physique (une baisse de 15% tout de même) d’ici Janvier 2028 pour tous ses jeux Playstation. Hasard ? Non. Simple continuité dans la logique démontrée ci-dessus…

1. Le joueur est le réel produit

     Créer un jeu, sans parler de AAA qui peuvent atteindre le million de budget facilement pour son développement n’est pas aussi cher qu’on veut le faire croire. Si vous prenez le temps de vous former à un moteur graphique, comme Unity ou Unreal engine disponible de base gratuitement, vous pouvez littéralement créer votre propre jeu. Certes Unreal engine est beaucoup plus exigeant dans la conception mais, pour exemple, la communauté du jeu Unreal Tournament développer ses propres cartes sans même avoir une once de connaissance. Il en a été de même pour des jeux comme Portal, Trackmania ou encore Warcraft III qui embarquaient un éditeur de cartes directement en plus du jeu. De simples outils qui fonctionnaient même sur des machines avec peu de puissance. Si là vous n’êtes pas convaincus, ça va être difficile de vous expliquer autrement… Bref, ce à quoi les studios et les éditeurs jouent, c’est un jeu qui consiste à vous faire entrer dans le capital. Sauf que ce besoin de capital, en réalité et dans beaucoup de cas, il n’est pas nécessaire. Prenons plusieurs exemples pour ensuite démontrer un système vicieux.

     Vous avez déjà vu ce type de pourcentage. C’est le pourcentage de gain à chaque tirage. On vous laisse croire que c’est du pur hasard sauf que… le hasard n’existe pas. Démonstration :

Début

Observer_activité_joueur()

Si joueur farm intensivement → passer à l’étape 2

Si joueur joue peu → réduire drop rate

Sinon → attendre comportement exploitable

Évaluer_profil()

Mesurer historique d’achats, temps de jeu, abandons

Si joueur dépense → tag “rentable”

Si joueur hésite → tag “à convertir”

Si joueur F2P → tag “non rentable”

Définir_drop_rate_reel()

Calculer drop rate affiché (ex : 5%)

Calculer drop rate réel selon profil :

rentable → ×0.4

à convertir → ×0.7

F2P → ×0.2

Ne jamais afficher le taux réel

Générer_estimations_fake()

Créer une fourchette de drops “probables”

Ajouter un ratio “chance augmentée” ou “bonus event”

Simuler une probabilité plus élevée que la réalité

Déclencher_fausse_satisfaction()

Afficher “Vous êtes proche d’un drop rare !”

Simuler une progression invisible (barre, compteur, glow)

Jouer sur la dopamine et la sensation de “presque gagné”

Inciter_au_paiement()

Proposer pack “boost de chance”

Minimiser le prix (1,99€, 4,99€, 9,99€)

Maximiser la promesse (“+300% de chance”, “drop garanti”)

Ajuster drop rate réel pour encourager l’achat

Déterminer_résultat_du_drop()

Si joueur vient de payer → résultat = “perte contrôlée”

Si joueur est en risque de quitter → résultat = “drop consolation”

Si joueur F2P → résultat = “drop faible”

Si événement spécial → résultat = “drop semi‑utile”

Collecter_données()

Enregistrer clics, hésitations, temps de farm

Ajuster drop rate réel pour optimiser la conversion

Renforcer frustration sans dépasser seuil de ragequit

Répéter()

Retour à l’étape 1

Boucle infinie jusqu’à paiement ou abandon

Fin

     C’est ainsi qu’on pourrait résumer un algorithme de gacha, une machine de tirage issue du monde réel notamment populaire dans les pays asiatiques. Le principe est de vous asservir à la frustration.

     Lorsque vous réussissez un niveau dans un jeu aujourd’hui (hormis les indépendants car eux au moins ils vous respectent un minimum), ce n’est jamais du hasard. C’est physiologique. En effet, des études médicales ont démontré la décharge de dopamine reste la même après un succès si et seulement si le sujet a été confronté à de la frustration pendant un certain temps. Voici un exemple de tous les jours auquel vous ne feriez même pas attention ! Vous êtes fumeur ou fumeuse et si vous ne fumez pas, considérez que vous avez une plaque de chocolat. Plus vous atteindrez le point de rupture qui vous fait craquer, plus vous apprécierez. C’est exactement le même principe avec les algorithmes. Voici un autre exemple qui montre bien que vous êtes le produit avant le produit sur lequel vous êtes :

     Vous avez sûrement déjà vu ce type de publicité où on vous laisse le choix en apparence de décider si vous voudriez voir plus de publicité sur la même thématique ou non. Maintenant, prenez un jeu comme Empires and Puzzles du studio Small Giants Games et vous serez surpris de revoir exactement la même publicité alors que la première fois, vous aviez choisi Not interested (« Pas intéressé(e) » en français). Pourquoi me direz-vous ? Car vous êtes le produit quoi qu’il arrive. On ne vous sollicite plus pour un produit, on vous bombarde sur un produit jusqu’à ce que vous disiez non stop j’en ai marre. Et c’est pour cette raison que l’algorithme plus haut est conçu de cette manière. On teste en permanence votre rétention.

     Un principe dans la vie facile à comprendre : dire oui est très facile, dire non est beaucoup plus compliqué. Dès lors que vous avez la capacité de dire autant oui que non, alors vous agrandissez votre limite de rétention. C’est logique. Vous allez adopter un détachement affectif face aux choses car on vous pousse à faire exactement l’inverse, être à l’écoute de vos émotions.

     Vous vous souvenez, en introduction il a été dit que la version de base d’un AAA est de 79,99€ et la version ultime est à 99,99€. Vous souvenez-vous de l’analyse portée ? Elle consistait à dire qu’à 20€ d’écart, la version ultime est beaucoup plus intéressante. Vous pourriez dire « C’est déjà beaucoup d’argent 79,99€ » et vous auriez tout à fait raison, surtout avec le pouvoir d’achat en berne tel qu’il est actuellement. Néanmoins, l’analyse a démontré que pour 99,99€ vous auriez toute la version du jeu et non une version coupée de manière à vous faire payer car le cerveau humain, soyons honnêtes, il peut être aussi extraordinaire que con. 79,99€ est perceptible comme proche de 80€, ce qui est 4×20€. De là, votre cerveau peut considérer que c’est une somme qui peut être investie. En revanche, 99,99€ est bien trop proche de 100€. Vous noterez au passage que dans les deux cas, ça ne tient qu’à un centime pour arriver à la dizaine supérieure. Sauf que 100€ c’est 5x20€ et votre cerveau préfère largement les chiffres pairs plutôt que les chiffres impairs. La raison est simple : plus facile à calculer. Vous pouvez plus facilement répondre à une équation qui comprend au moins un chiffre pair plutôt qu’une équation avec que des chiffres impairs. Aucune étude ne va être inventée pour expliquer comment ça se passe, chacun son expertise encore une fois. Néanmoins, le circuit de récompense fonctionne exactement de la même façon et c’est là le piège. Mais il y a pire…

2. Payer pour être le premier

     Les Américains ont une magnifique expression pour déterminer un joueur qui dépense beaucoup d’argent dans un jeu : golden whale. La traduction en français est « baleine dorée ». Car les studios, et notamment les éditeurs comme 505 Games ou Zynga pour s’en arrêter strictement au jeu mobile, sont fous amoureux des golden whales. Ces joueurs au comportement compulsif (une vidéo sur la chaîne YouTube explique ce phénomène, c’est ici) permettent justement à ce que ce système nocif fonctionne. Mais pour qui exactement ? Uniquement eux. Cela peut paraître bizarre à première vue mais voici une démonstration simple.

     Quand un joueur dépense un milliard de dollars, ce n’est pas pour s’acheter tous les skins, véhicules, maisons possibles dans GTA Online. C’est pour faire effondrer la concurrence. Vous pourriez passer des jours entiers à jouer à GTA Online, quand quelqu’un sort plusieurs paiements qui se comptabilisent en milliers de dollars par mois, vous pouvez être sûr que vous êtes bien mieux loti que ce golden whale car pendant que vous, vous allez devoir faire des missions (farm en anglais), quelle difficulté peut rencontrer un golden whale au juste ? Son compte est aberrant, il comporte plusieurs zéros au bout mais pourquoi ? Pour tenter en vain d’échapper à une solitude qui peut être dévastatrice dans certains cas. Le problème que ce réflexe impulsif de dépenser de l’argent réel influence un jeu voire le monde réel. Suite à ce record atteint, l’action en bourse de Rockstar a grimpé en flèche. Les développeurs ont encaissé beaucoup d’argent et maintenant ? Car sur le moment, vous avez l’euphorie d’avoir touché le jackpot et c’est tout à fait normal. Une entreprise par définition est là pour faire des bénéfices et non vendre à perte. Mais maintenant, quelle est l’étape suivante ? Et c’est là tout le drame dans l’industrie vidéoludique. Quand un joueur vient à lâcher une énorme somme sur la table, il n’y a pas que les derniers skins achetés qui vont avoir un effet « wahou » dans le jeu. C’est toute une communauté qui va devoir payer l’idiotie de ce golden whale ! Car au premier abord comme il a été dit, c’est cool. Vous avez un milliard de dollars de bénéfices nets en un mois, qui va s’en plaindre ! Le problème est l’étape suivante car cette étape est très importante et peu de personnes l’estiment à sa juste valeur. La prochaine étape est que vous, dirigeant(e) d’entreprise, vous allez vouloir reproduire l’exploit car le monde financier fonctionne avec cette loi et vous devez vous y plier. Quant aux autres joueurs, vous allez devoir accepter que des développeurs augmentent le nombre de skins, de microtransactions au final et soit vous passerez en caisse un jour, soit vous laisserez tomber un jeu… acheté 79,99€ pour rappel… Donc ce n’est pas une éventualité d’imaginer un jour laisser tomber ce jeu qui vous a coûté 80€ quand même. Vous comprenez mieux en quoi l’achat d’une édition ultime est intéressant ? C’est vrai que sur le moment, vous aurez peut-être à payer 20€ de moins et qui va dire non honnêtement ! Mais parfois il est important d’envoyer votre cerveau aller se faire cuire un œuf. Car vous mettez en péril une industrie complète à vouloir briller dans un jeu alors qu’il n’est pas si compliqué de briller en société. Vous mettez en péril des studios comme InfinityPlus2 qui se font absorber par ce système infernal de gagner toujours plus. La dopamine peut être dans certains cas un poison. Un exemple en dehors de l’industrie du jeu vidéo qui est somme toute assez particulière ? Voici quelques noms… Carlos Ghosn, Elon Musk, Sam Altman, Jordan Belfort, Rachida Dati, Patrick Drahi…

3. InfinityPlus2 : un cas d’école

     Le studio InfinityPlus2 est littéralement un cas d’école. En effet, comme il a été dit en introduction, c’est un studio vétéran dans l’industrie du jeu vidéo. Avec des franchises telles que Warlords et Puzzle Quest, la magie s’est vite opérée en découvrant un nouveau type de jeu : le RPG match 3. Que ce soit sur Puzzle Quest ou Gems of war, la ligne directrice est simple : écraser la concurrence des jeux matchs 3 en proposant un nouveau type de jeu. Créé en 2014, Gems of war ou GOW pour les intimes a généré plus de 5 millions de dollars depuis sa création pour un studio comprenant entre 11 et 50 employés. Cependant, le studio conserve une discrétion très accrue concernant les chiffres donc les chiffres donnés ci-dessus sont peut-être à prendre avec des pincettes.

     InfinityPlus2 a connu un vif engouement peu de temps après la sortie de leur jeu phare étant donné que la politique de marketing voulait que le jeu reste autant accessible aux personnes voulant acheter qu’aux personnes voulant jouer librement. Une dizaine d’années plus tard, le modèle économique a complètement basculé vers de la microtransaction pour tout et n’importe quoi ! Voici quelques exemples pharaoniques comme quoi ce studio est littéralement en train de mourir tout en refusant de mourir :

     Et pour montrer que ce n’est qu’un cas d’école parmi tant d’autres…

     Hormis les quêtes, et les « voies de l’aventure », toutes ces icônes renvoient à des packs de « promotion » détaillé en 4 voire 5 exemplaires à chaque fois sur Empires and Puzzles.

     Pour revenir à GOW et si vous étiez joueur, seriez-vous prêts à débourser 45,09€ pour un pack avec un compagnon qui ressemble vaguement au logo d’Android ?

4. A chaque problème, son remède

     Alors c’est bien beau de gueuler dans un article sur une industrie en souffrance actuellement sans répondre à une question : que fait-on ? Comment peut-on s’en sortir ?

     En me basant sur deux critères clairs et simples qui sont respectivement tolérance d’acheter par microtransactions et respecter les joueurs, car jusqu’à preuve du contraire les joueurs font vivre les studios eux-mêmes en grande majorité esclave d’un système financier appliqué par l’éditeur qui ne réfléchit que par les chiffres à la fin du mois, voici quelques solutions toutes viables sans tenter de provoquer une révolution. D’inviter InfinityPlus2 par exemple à se mettre en grève, ce serait les condamner à mourir dans la souffrance la plus atroce donc c’est une solution inexploitable.

     Tout d’abord, il faudrait proposer non pas un modèle financier uniquement mais deux modèles financiers. C’est un retour en arrière, ni plus ni moins. Il y a encore quelques années, il y avait les jeux payants sans publicité et sans microtransaction puis il y avait les jeux gratuits qui se limitaient à quelques microtransactions. Désormais, il faudrait inverser le flux à savoir que les éditeurs mettent la main au portefeuille à défaut de faire payer le joueur gratuit. Un modèle financier comme l’avait suggéré InfinityPlus2 au début de l’aventure GOW était intéressante : on vous fait payer si vous n’avez pas de patience. C’est une première solution.

     Ensuite, il faudrait un comité de régularisation pour éviter les abus (et ça risque de se créer dans l’ombre sans que personne ne le voit venir, c’est ça le pire). Un comité neutre et n’ayant aucun intérêt convergent ou divergent dans l’industrie du jeu vidéo. Cela éviterait que Rockstar fasse payer une boîte quasiment vide ou EA détruise un studio légendaire comme BioWare juste parce que le bilan financier d’un jeu n’est pas assez important aux yeux des actionnaires. Un comité de régularisation permettant une équité et un retour à une souveraineté du côté des studios de développement (j’exclus Small Giant Games car ils jouent ce jeu pervers depuis le début) tout autant que du côté des joueurs. Les limites d’achat in-game sont encore trop laxistes pour ne pas avoir des débordements comme un milliard de dollars récoltés en un mois.

     Enfin, il faudrait que les éditeurs notamment mais aussi certains studios (comme Small Giant Games) se décident à cesser de prendre les joueurs pour des produits. Un consommateur ne peut pas être un produit par définition, il est la personne qui va utiliser un produit. De devenir le produit avant le produit, ça fait mal à la tête rien que d’y penser. Sauf que des éditeurs comme EA et Zynga existent et tant que ces zouaves continueront d’exister, rien ne pourra être commencé dans toutes les propositions faites.

     Car parlons un peu du cas d’EA sans trop s’attarder… De détruire un studio, donc des emplois à fortiori, juste parce que les chiffres ne sont pas du goût des actionnaires, ça s’appelle du proxénétisme. Si les éditeurs veulent être à la merci des actionnaires car leur plan économique est aussi troué que de l’emmental, que grand bien leur fasse. Mais qu’ils plongent seuls car des studios comme Starbreeze studios et InfinityPlus2 ne doivent pas être les victimes collatérales d’un ego surdimensionné. BioWare, Criterion Software, Pandemic studios, Bullfrog productions, Origin Systems, EA Bright light, Victory games sans oublier le cultissime Visceral games… autant de studios zombifiés par EA pour une question d’argent. Je ne compte plus le nombre de fois que Criterion Games est mort puis ressuscité avant de mourir à nouveau pour finalement s’appeler Criterion Software. Il y a des familles entières en jeu. Ce n’est pas juste une question d’argent. On parle d’employés se retrouvant sans salaire du jour au lendemain alors que ces mêmes personnes étaient très probablement les premières personnes à donner autant d’amour dans leur travail. Tout le monde s’accordera pour dire que Dead Space est un excellent jeu. Tout le monde s’accordera pour dire que Amy Hennig (scénariste sur les jeux Legacy of Kain, Uncharted entre autres) qui a travaillé entre autres pour le studio Naughty Dog (les créateurs de The last of us) et Crystal Dynamics (Legacy of Kain) a créé une véritable icône qui a su imposer son style au sein de l’industrie du jeu-vidéo qui est particulièrement masculine. Et EA se permet de balayer ça juste à cause de « résultats décevants » ? Dans ce cas, EA devra un jour expliquer pourquoi après les résultats très décevants de Need for speed Unbound (souvenez-vous, -68% par rapport à Need for speed Heat) continue de garder Criterion Software qui s’appelait à cette époque Criterion Games.

     La réponse est simple et vous la connaissez déjà. Un système financier qui intoxique toute une industrie (et plus). Des actionnaires de plus en plus capricieux à gagner beaucoup d’argent et des studios essorés comme une vulgaire lessive. Dès que ces studios ne sont plus assez créatifs ou refuseraient de travailler, on les ferme et on passe au suivant. Ce n’est pas un SCH qui a su populariser le dernier volet de la franchise à succès NFS… Quand j’étais plus jeune, j’aurais donné tout l’or du monde pour avoir NFS dans mes mains et jouer ! Aujourd’hui, c’est une liste de plus qu’on a essoré jusqu’à la dernière goutte et on est passé à autre chose. EA n’a même pas prévu de franchise automobile (comme pour la franchise Burnout d’ailleurs) et semble patauger dans les tréfonds de la miséricorde…

     Pour revenir au présent, GTA VI va sceller l’avenir de Rockstar Games et on assistera à son effondrement. Ubisoft de son côté a commencé à connaître un déclin très dangereux. Il suffit de voir le nombre de projets avortés. Dès lors qu’un studio (et si c’est un éditeur alors c’est pire) commence à annuler des projets, c’est qu’il n’en a plus pour longtemps à vivre avant sa fermeture définitive. C’est ce que j’exprimais à propos de InfinityPlus2 en introduction. Puzzle Quest 3 sort sur Steam ainsi que les autres plateformes. Et quelques jours après, il disparaît sans bruit. Mauvais timing de lancement ? Décision arbitraire de l’éditeur ? Nul ne sait mais c’est un événement à ne pas négliger. Il est mieux de voir un studio comme CDProjekt annoncer de multiples reports sur un jeu comme Cyberpunk 2077 même si le lancement du jeu a été une catastrophe à cause des bugs et ce n’est pas Keanu Reeves à lui seul qui a pu rattraper le désastre, que ce même studio présente des images de The Witcher IV d’une beauté époustouflante (attention quand même, ce type de gameplay en avant-première est lancé sur des ordinateurs que le commun des mortels ne pourrait pas s’acheter – je fais un clin d’œil à Ubisoft et son avant-première de Watch Dogs qui en a mis plein les yeux pour qu’au final on se rende compte que pas mal de choses avaient disparu…) et que ce studio un peu téméraire à l’époque a su redresser la barre apparemment (gardons nos précautions tout de même, surtout avec CDProjekt) plutôt qu’un studio qui vous propose une sortie en fanfare pour se voir retirer le jeu de toutes les plateformes. Il y a des trous dans la comptabilité comme on dit… Je citais plus haut le cas de Watch Dogs et de son avant-première absolument époustouflante pour l’époque mais au final Ubisoft a eu les yeux plus gros que le ventre et a proposé un jeu qui non seulement force le joueur à avoir un jeu en widescreen (plein écran avec bordures) à chaque fois qu’il lance le jeu mais en plus 50% du charme d’un Chicago technopunk noir a disparu au lavage et des bugs apparaissent comme Aiden Pearce qui fait du freestyle quand on le met trop près des textures de certains murs (notamment l’hôtel où il réside au début du jeu pour celles et ceux qui s’en souviennent)… Toujours avec Ubisoft, on pourrait parler aussi de Far Cry 5 présenté comme LA nouvelle référence du jeu immersif de survie etc alors qu’au final, qu’est-ce qu’on a ? Une bande sectaire de drogués qui ont décidé de faire de l’Amérique post-apocalyptique leur territoire souverain…

     Bref, ils sont chiants avec leur étranglement à cause de leur modèle économique tant aimé…

5. Et la souveraineté numérique dans tout ça ?

     Avant de répondre à cette question – même si je sais déjà que vous devinez la suite -, un petit rappel chronologique est relativement important. Quand a commencé la perte de souveraineté numérique de l’utilisateur ? Avec le cloud. En effet, le cloud permet de stocker des documents, images, vidéos etc en ligne. Mais rien ne garantit dans les conditions générales d’utilisation que l’utilisateur a un droit total sur sa propriété dans le cas où le fournisseur de cloud viendrait à connaître des difficultés financières et réduire ses services. Personne ne l’a évoqué car c’est un moyen qui s’est généralisé au point que sur Android la synchronisation avec votre cher compte Google est activée par défaut… Si vous désirez savoir comment la désactiver, vous allez dans les paramètres de l’appareil puis votre compte et de là vous pourrez désactiver la synchronisation. Ensuite, Microsoft s’y est mis ! Vous seriez étonnés de savoir que vous n’avez absolument aucun moyen de gérer vos sauvegardes PC ? C’est un fait ! Allons donc sur votre compte Outlook. Dans les paramètres de votre compte Microsoft, vous trouverez un onglet dénommé Appareils. De là vous pourrez voir toutes les sauvegardes, supprimer l’appareil mais détrompez-vous si vous pensez que cela effacera la sauvegarde des serveurs de Microsoft. Vous déconnecterez simplement le service de synchronisation. Et pour preuve, quand vous cliquez sur le lien, vous verrez une fenêtre vous demander si vous voulez vraiment supprimer cet appareil mais rien ne spécifiera que vous supprimerez la sauvegarde associée. Ah les petits cachotiers de Microsoft !

     Puis maintenant c’est le jeu vidéo. Les festivités avaient commencé avec Steam qui propose encore pour le moment (mais jusqu’à quand ?) de faire une sauvegarde de vos jeux installés afin de les installer plus rapidement… quand la sauvegarde n’est pas tronquée à 10% et que vous êtes dans l’obligation de télécharger à nouveau tout le jeu (comme le fait Starbreeze studios avec PayDay 2 pour ne citer qu’eux). Et maintenant que le marché est envahi de store dans le même modèle que le smartphone, vous n’avez plus accès à un jeu physique en votre possession. Donc pour résumer, vous déboursez 79,99€ non pas pour acheter un jeu mais plutôt pour acheter un droit de location. Ne méprenez pas le versant pris dans cette dernière phrase. Aucune utilisation frauduleuse et illégale de jeux non-payés ne peut être mise en exergue. C’est simplement une prise de conscience qu’il faut avoir ce que vous possédez réellement et ce qu’on veut vous faire croire que vous possédez. Pour les personnes qui s’en souviennent, EA (encore eux, et oui !) avait pris tout leur temps avant de résoudre un problème de téléchargement du jeu SimCity sur Origin. Ce jeu était aussi un premier aperçu de ce que l’industrie vidéoludique vous réservait comme mauvaise surprise. On pourrait parler aussi d’Ubisoft et The Crew qui avait fait scandale car ce jeu, même pour le mode solo, obligeait une connexion Internet sauf que les connexions aux serveurs étaient complètement bancales et vous ramener à la page d’accueil alors que vous étiez en pleine partie… Gameloft (puisqu’il en faut pour tout le monde) avait lancé la mode de la progression asynchrone, c’est-à-dire la progression temporairement enregistrée sur le disque dur de l’appareil puis synchronisée avec les serveurs à intervalle régulier – ce qui amenait très souvent à des lags en cours de partie mais ça, on s’en fout chez Gameloft – ou, le cas échéant, dès qu’un réseau Internet était détecté.

     En d’autres termes, vos jeux ne vous appartiennent plus. Si vous déplorez ces pratiques, il est temps de revenir aux bonnes vieilles cartouches et jouer à MarioKart… si toutefois Sony ne vous oblige pas une connexion Internet obligatoire dans les 30 jours comme il a été annoncé récemment (encore une annonce qui devrait faire peur). Le discours qui se veut très rassurant de Sony ne laisse aucune place au doute : l’utilisateur ne doit plus être en possession de quoi que ce soit. Et vous vous souvenez de l’annonce de Rockstar concernant GTA VI exposée en introduction ? Ce n’est que le début…

     Hormis les quêtes, et les « voies de l’aventure », toutes ces icônes renvoient à des packs de « promotion » détaillé en 4 voire 5 exemplaires à chaque fois sur Empires and Puzzles.

     Pour revenir à GOW et si vous étiez joueur, seriez-vous prêts à débourser 45,09€ pour un pack avec un compagnon qui ressemble vaguement au logo d’Android ?

Conclusion

     En soi, que faut-il retenir ? Hormis le fait que l’industrie vidéoludique va très mal mais vous n’aviez pas besoin de cet article pour le savoir même vivant dans une grotte…

     Il faut s’attendre à une récession complète dans le monde du jeu vidéo qui sera précédée tout d’abord par une explosion de certains studios tels que InfinityPlus2, Small Giant Games et tous les studios qui en ce moment peuvent encore profiter de golden whales à maintenir artificiellement en vie leur modèle économique. Mais comme disait Koltès, « Plus on habite haut, plus l’espace est sain mais plus la chute est dure ». C’est une sélection naturelle si des studios disparaissent. Car tant qu’on persistera dans un modèle économique qui nous intoxique et là je ne parle plus du jeu vidéo uniquement mais de toutes les industries, alors rien ne pourra changer. Un certain Klaus Schwab a dit un jour « Dans ce nouveau monde, tout sera transparent et il faut s’y habituer, se comporter en conséquence… Si vous n’avez rien à cacher, vous ne devez pas avoir peur ». Beaucoup de gens s’emploient à reprendre les citations de cet homme sans les comprendre et en les sortant de leur contexte en plus. Donc on va recadrer tout de suite. Klaus Schwab n’est en rien un gourou d’une secte obscure ou je ne sais quoi. Il appelle à la lucidité dont les Hommes ont décidé de quitter sciemment ! Si on ne se remet pas en question car la planète elle n’en a strictement rien à foutre, son équilibre ne tient qu’à une équation chimique. Vous mettez tant à gauche, elle va mettre l’équivalent à droite afin que l’équilibre se fasse. Mais tant que nous, Humains, nous resterons persuadés que nous avons raison de tout sur tout, alors rien ne changera.

     Et si vous en arrivez à lire jusque-là, vous comprendrez que tout cet article est un appel (de plus !) à la lucidité.

     J’avais dit en introduction que je mettrais tous les liens nécessaires… J’ai menti ! Je laisse libre choix à toute personne lisant cet article de faire ses recherches, de porter une réflexion et de voir peut-être au-delà qu’un simple… studio en train de mourir refusant de mourir.

     Si vous avez des questions, je reste à votre disposition suivant les horaires d’ouverture d’INFOPRO68. Vous trouverez en haut de page les coordonnées ainsi que les horaires d’ouverture.

     Comme toujours, n’oubliez pas que d’autres PDF traitant de l’actualité sont disponibles dont certains gratuitement ! Alors n’hésitez pas.

     Portez-vous bien et à très bientôt !

Ecrit avec amour sans IA.

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